Notre histoire

Nos origines, notre histoire…
Le Centre Suzanne Masson permet aux salariés victimes de handicaps de trouver une place nouvelle dans la société, grâce à l’acquisition d’un travail qualifié, répondant aux besoins et aux transformations du marché du travail. Le centre tire cette vocation de ses origines, étroitement liée à l’histoire de la protection sociale et aux conquêtes sociales du Front Populaire et de la Libération.

 

La formation professionnelle des travailleurs handicapés

L’histoire du Centre est étroitement liée aux grèves du printemps 1936. Faisant suite aux mouvements sociaux accompagnant le Front populaire, de grandes lois sociales sont votées. Elles permettent l’accès pour tous à la culture et aux loisirs. Un regard nouveau est porté sur la qualité de la vie, de la famille et de l’enfance.
A la faveur du grand mouvement populaire, les organisations syndicales, notamment les métallurgistes de la région parisienne, investissent dans le domaine de la formation.
Le 2 mai 1937 est inaugurée une école de rééducation et de perfectionnement professionnel. Sa mission est de « redonner la main aux ouvriers professionnels qui l’ont perdue pendant de longs mois de chômage. Permettre à nos camarades chômeurs qui sont manœuvres spécialisés de devenir professionnels et retrouver ainsi le chemin du travail ». Cette école donnera par la suite naissance au Centre Suzanne Masson.
La guerre met fin à l’aventure. Les syndicats confédérés dans la CGT sont dissous dès 1939. Leurs biens mis sous séquestre en 1940.
Après la Libération, le mouvement syndical se voit restituer l’essentiel de son patrimoine et bénéficie d’un contexte favorable à l’élargissement de son champ de réalisations. La France doit être reconstruite. Les besoins de l’industrie sont immenses. En termes de main d’œuvre, ils sont estimés à un million et demi d’ouvriers professionnels. Les syndicats prennent leur part de responsabilité. Le Centre Bernard Jugault délivre des formations « accélérées » tout en rémunérant ses stagiaires. En juin 1952, il est contraint de fermer ses portes pour des raisons politiques.
Dans le sillage de la Sécurité sociale… La formation professionnelle des travailleurs handicapés…
Parallèlement à la formation professionnelle, les syndicats ouvriers se battent depuis le 19e siècle pour la protection des victimes d’accidents du travail. Grâce à leur mobilisation, une première loi est votée en 1898. Elle consacre le principe de la responsabilité sans faute et fonde le système de protection sociale à la française.
Après la guerre et la Libération, Ambroise Croizat, le ministre communiste du Travail du Général de Gaulle, ancien dirigeant de la Fédération de la Métallurgie, met en œuvre l’organisation de la Sécurité sociale.
S’ouvre une période créatrice et innovante, qui permet à l’Union Syndicale des Travailleurs de la Métallurgie CGT de la Seine de créer un centre de rééducation avec le soutien de la Sécurité sociale.
Le 5 octobre 1950, la signature d’une convention entre ces partenaires, créait le Centre de réadaptation professionnelle Suzanne Masson, du nom d’une résistante exécutée pendant la guerre (voir encadré).
Dans les années d’après-guerre, le Centre aide les travailleurs physiquement diminués à trouver leur place en acquérant un travail qualifié dans une société en pleine modernisation.
En raison des spécificités des personnes handicapées, le Centre Suzanne Masson déploie, dès son ouverture, des méthodes originales d’enseignement. Les stagiaires bénéficient d’une attention personnalisée, d’un encadrement interdisciplinaire et de moyens matériels adaptés. Depuis son ouverture, le Centre relève avec constance, humanité et efficacité le défi social de la réinsertion professionnelle des travailleurs handicapés.

 

Suzanne Masson, militante et résistante

Issue d’une famille catholique, Suzanne Masson est née en 1901, à Doullens, dans la Somme. Son enfance et jeunesse sont marquées par les bouleversements du début du siècle et par des événements familiaux, qui auront un retentissement sur ses engagements philosophiques et politiques. Suzanne devient « dessinatrice » (on dirait aujourd’hui technicienne) dans une grande entreprise de métallurgie à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis. Rapidement, elle prend part aux actions du mouvement ouvrier parisien, où elle occupe bientôt une place remarquée. Le Front populaire lui permet d’exprimer ses qualités humaines en les mettant au service de l’émancipation de la classe ouvrière. De 1937 à 1939, Suzanne MASSON est formatrice au sein de l’école de perfectionnement professionnelle Bernard Jugault. En septembre 1939 la guerre est déclarée, l’école ferme ses portes le patrimoine syndical est mis sous séquestre, Suzanne Masson entre dans la Résistance, jusqu’à son arrestation le 5 février 1942 par la police de Vichy. Après avoir séjourné à la forteresse d’Anrath, puis à la prison de femmes de Lübeck-Lauerhoff, elle est jugée pour détensions d’armes, appels à la Résistance devant l’occupant Allemand et liaisons clandestines avec le Parti Communiste Français. Le 1er novembre 1943, elle est décapitée à la hache à Hambourg. Après la Libération. En 1946, le ministre communiste du Travail et de la Sécurité sociale Ambroise Croizat la cite à l’Ordre de la Nation et la fait nommer chevalier de l’ordre National de la Légion d’Honneur à titre posthume. Deux plaques commémorent son nom, dans la cour de l’usine Rateau, où elle travailla et sur le lieu de son arrestation. Pour garder le souvenir de son engagement auprès du mouvement ouvrier et dans la Résistance, le Centre Bernard Jugault devient le centre Suzanne Masson en 1950.

 

Commission paix et amitié

Parce que le Centre Suzanne Masson est issu du mouvement syndical, d’où il a puisé et renouvelé ses valeurs de solidarité et de fraternité. Chaque année, le Centre Suzanne Masson commémore le 8 mai 1945, date de la victoire de la liberté contre la barbarie. A travers une commission, Paix et Amitié, l’établissement participe à pérenniser la mémoire collective ; pour que l’horreur ne se reproduise pas ; pour rendre hommage à ceux qui ont combattu le nazisme au risque de leur vie, telle Suzanne Masson. C’est aussi l’occasion de célébrer la paix et la liberté des peuples dans le monde entier. Tous les ans, un débat est organisé avec les salariés, les stagiaires et les retraités, autour de thématiques différentes. Une exposition retrace la création et le développement des réalisations sociales du Centre dans les différents contextes économiques, sociaux et politiques qu’il a traversé depuis sa création.